Culture
“Tête de nègre” : quel est le nouveau nom pour ce dessert controversé ?
Le terme “tête de nègre”, longtemps utilisé pour désigner une pâtisserie recouverte de chocolat, est aujourd’hui jugé offensant et inapproprié. au fil du temps, cette appellation a été pointée du doigt pour son caractère discriminatoire, soulevant une véritable réflexion sur le langage inclusif, la mémoire culinaire et l’évolution des mentalités.
Origines d’un nom chargé d’histoire
Le nom « tête de nègre » désignait initialement une pâtisserie composée de meringue ou de mousse blanche sur gaufrette, recouverte d’une fine couche de chocolat. L’entreprise Chocolats Perrier, installée à Chavannes-près-Renens dans le canton de Vaud, a popularisé cette spécialité dans les années 1930. En 1969, elle est reprise par Villars SA qui la délocalise à Fribourg source: 24 heures.
Mais dès les années 1980, les premières réticences apparaissent sur les marchés étrangers. En Allemagne, le mot « Mohrenkopf » est progressivement abandonné, tout comme « Negerkuss » en Autriche ou « flødebolle » au Danemark, en remplacement de termes jugés racistes. En 1992, Villars adopte discrètement le terme tête au choco pour éviter toute controverse.
« Sur les marchés étrangers, et notamment en France, il était exclu de vendre un article qui s’appelle tête de nègre, à cause de sa connotation péjorative. » – Werner Nobs, ex-directeur de Villars SA

Le poids des mots, la charge de l’héritage
Derriere l’apparente innocuité d’un nom, se cache une histoire coloniale. Le mot « nègre » est aujourd’hui reconnu comme injurieux par Le Petit Robert, en lien direct avec la traite négrière et les stéréotypes déshumanisants.
Dans les années 1930, il était pourtant couramment utilisé : on parlait de « bolet tête-de-nègre » pour un champignon, ou encore de « Village nègre » lors de la Foire coloniale de Lausanne en 1925, où des Africains étaient exhibés comme attractions exotiques.
Ce passé, longtemps banalisé, fait aujourd’hui l’objet d’une relecture critique.
Quels noms alternatifs pour cette pâtisserie ?
L’objectif : conserver la gourmandise, sans les connotations négatives. Voici quelques suggestions plébiscitées par les boulangers et consommateurs :
| Nouveaux noms |
|---|
| Tête au choco |
| Boule chocolatée |
| Délice cacaoté |
| Merveille au chocolat |
Plusieurs enseignes, en France, Suisse, Belgique ou Allemagne, ont déjà changé leur nom, souvent sans impact négatif sur les ventes.
Une dynamique mondiale vers un langage plus juste
Le renommage des produits alimentaires aux noms désormais jugés offensants est un phénomène mondial. En Nouvelle-Zélande, le « chocolate fish », en Turquie le « çokomel », ou encore le « melo-cake » flamand sont des cousins culturels de la tête de nègre.
Selon un rapport de la BBC (2021), ces changements s’inscrivent dans une prise de conscience globale des mots qu’on consomme autant que des mets eux-mêmes.
Des exemples de transitions réussies
D’autres produits ont déjà franchi ce cap avec succès. Par exemple, les glaces “Eskimo” ont été renommées “Inuit Pop” dans certains pays, et des marques de crayons ont abandonné des références à des teintes racialisées. Ces changements, bien que parfois controversés au départ, ont fini par être acceptés, prouvant que l’adaptation est possible.
